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Arlette Baéna

(partie de son journal intime qui relate son arrestation et son passage au camp de Rieucros)

« Journal-mémoire » de madame Arlette BAENA arrêtée dans sa ville d’Alès (30).

 

… quelle ne fût pas ma stupeur de les voir prendre la direction de la prison. Enfin, sans rien leur dire et toujours avec beaucoup de courage, je les ai suivis. Je n’ai eu qu’une petite défaillance, au moment où j’ai entendu pousser les verrous de la lourde porte. J’ai été conduite immédiatement au bureau du gardien-chef où on m’a à nouveau interrogée pour mon identité et où on m’a pris les empreintes digitales. Puis la gardienne est venue et nous a conduites toutes deux dans une cellule après avoir fouillé mes poches car je n’avais aucun bagage ne sachant pas que je partais pour un mois. Je n’avais rien pris comme linge. La gardienne a ouvert une lourde porte, celle de la cellule ; aussitôt j’ai aperçu une pièce un peu obscure où se trouvait une dizaine de femmes couchées sur de mauvais lits très sales. Je n’osais pas avancer car toutes me regardaient d’un air étonné. Enfin il a fallu avancer, et de suite, je me suis assise sur un banc à proximité de la porte ; mais quelques minutes après, ne pouvant plus supporter le froid, nous sommes sorties dans la cour et là, j’ai retrouvé les deux premières dames qui étaient montées avant nous.

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Nous sommes restées dans la cour jusqu’au moment où il n’y a plus eu de soleil et sans rien avoir mangé depuis le matin. Il a fallu à nouveau rentrer dans la cellule ; nous étions tellement glacées car il n’y avait pas de feu, que nous nous sommes assises sur le banc en nous serrant bien les unes contre les autres pour essayer de nous réchauffer. A un moment donné, on est venu nous chercher pour nous peser et nous mesurer. Là, j’ai su que je pesais 54 kg. Nous étions toutes désorientées car nous ne savions pas ce que l’on allait faire de nous. Nous rigolions et pleurions à la fois, lorsque tout à coup, on a entendu les verrous s’ouvrir et la gardienne en ronchonnant est venu dire « Tournet au parloir ». C’était son fils qui venait la voir nous a-t-elle dit en revenant. Quelques minutes se sont écoulées et à nouveau les verrous ont grincé et la gardienne est apparue toujours de mauvaise humeur. Cette fois, c’était moi que l’on demandait au parloir. Elle m’a emmenée par le long couloir ; tout au fond se trouvaient deux grilles. La gardienne est restée au milieu et j’ai vu mon oncle. C’était une scène déchirante car je pleurais à chaudes larmes si bien que mon oncle aussi s’est mis à pleurer quand la gardienne lui a refusé de pouvoir m’embrasser à travers les grilles. Jugez de la sévérité de la prison. Notre entrevue dura dix minutes à peine et mon oncle m’ayant quitté sur des paroles réconfortantes, j’ai regagné ma cellule. J’ai retrouvé les autres toujours assises sur le banc. Enfin plus rien d’anormal jusqu’à l’heure de la maudite gamelle : à 5 heures la porte s’ouvrit et l’on déposa devant nous une sorte de plateau en bois crasseux où se trouvaient les gamelles remplies à moitié d’eau chaude. Au fond quatre pois cassés crus. C’était tellement mauvais que je ne pus y goûter tout d’abord mais enfin j’en ai bu un peu pour me réchauffer et j’avais très faim. Heureusement, la gardienne vint m’apporter quelques provisions que papa ou mon mari, je n’en sais rien, m’avait envoyées. J’en ai gardé un peu pour le lendemain. Nous sommes encore restées un peu plus serrées sur le banc essayant toujours de nous réchauffer sans y parvenir. Enfin, la gardienne vint nous prévenir qu’il fallait aller se coucher. Dans la cellule, il n’y avait plus de lit libre, alors, nous avons demandé de passer la nuit sur le banc. Mais on nous a dit que le gardien chef ne voulait pas et on nous conduisit dans une autre cellule humide où se trouvaient des femmes et 4 ou 5 lits libres. On nous dit de nous débrouiller comme nous voulions mais qu’on ne nous donnait pas de draps car on n’était pas pour rester.

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Nous avons alors choisi les couvertures les plus propres ; nous avons mis deux lits à côté l’un de l’autre puis, tout habillées, nous nous sommes couchées toutes les quatre ensemble. Mais nous n’avons pas dormi de la nuit, nous n’avons fait que causer. Une pocharde qui était là ne fit que causer ou se lever pour faire pipi. Jamais aucune nuit ne me parut aussi longue. Enfin, vers 5 heures du matin, nous avons entendu le bruit de grosses clés puis la porte s’ouvrit et la gardienne, moitié endormie, nous cria : « levez-vous. Vous partez à 6 heures un quart et dépêchez-vous ». Nous nous sommes levées précipitamment mais nous voulions tellement nous dépêcher que nous ne trouvions plus nos affaires. Enfin, une fois prêtes, nous avons rejoint les gendarmes qui se trouvaient au bureau. Là, on prit encore nos empreintes et on nous donna une miche de pain à chacune pour notre voyage.

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Quelle n’a pas été notre stupéfaction, lorsque la porte s’ouvrit, de voir le sol couvert de neige dans la nuit noire car il faisait nuit ; il était environ 6 heures. Comme le sol était glissant, on ne pouvait pas aller vite et pourtant, l’heure du train approchait. Nous étions toutes engourdies par le froid et le sommeil. Enfin, nous étions contentes de partir de nuit pour que personne ne nous voie défiler accompagnées de gendarmes.

 

Enfin, sans incident, nous arrivâmes à la gare juste à temps pour prendre le train où un compartiment nous avait été réservé. Nous nous installâmes sous les yeux des voyageurs ébahis de voir ces quatre femmes avec ces gendarmes. Quand le train s’ébranla, je me mis à pleurer et cela jusqu’à la Grand’Combe. Bien que les gendarmes fassent tout leur possible pour nous consoler, car ces deux gendarmes qui nous accompagnaient étaient très gentils et firent leur possible pour nous égayer pendant tout le voyage. Enfin, vers 9 heures, nous arrivâmes à la Bastide (en Lozère) et là on a trouvé une épaisse couche de neige. Nous allâmes immédiatement au buffet pour nous chauffer et boire un café. Toutes les personnes se trouvant là nous regardaient comme des bêtes curieuses. Là, les gendarmes sont allés nous chercher du papier à lettre et nous avons écrit notre première lettre pour rassurer nos familles. Pendant ce temps, la neige se remit à tomber abondamment en fortes bourrasques et on nous dit que peut-être il nous serait impossible de passer pour aller à Mende. On nous apprit enfin que nous pourrions repartir avant 3 heures. Nous avions très faim et malheureusement le peu de provisions qu’on nous avait apporté à la prison étaient terminé depuis longtemps. Nous devions nous contenter du peu que nous avions. Dans le train nous avions rencontré des messieurs très gentils qui nous donnèrent un gros morceau de pain. Quand les personnes qui se trouvaient dans le café surent que nous allions dans un camp, nous fûmes regardées avec sympathie et une dame se mit à pleurer. Il y avait un gros paysan qui faisait de l'œil à madame Journet. Tout le monde fut très gentil pour nous. Et pendant ce temps, la neige tombait toujours de plus en plus. Nous commencions à trouver le temps long. Les gendarmes jouaient à la belote et nous, nous pensions à ce que nous allions trouver à notre arrivée au camp. Enfin, à 3 heures, le train rentra en gare. Nous y montâmes, toujours dans un wagon réservé ; avec nous était monté un gendarme de Mende. Le train se mit en route mais à très faible allure et nous nous demandions si nous pourrions arriver à destination car, plus nous avancions, plus il y avait de la neige. Le train circulait entre des congères de deux à trois mètres, cela était impressionnant. Tout au long du parcours, nous avons vu un paysage splendide. Mais, arrivé à Belvezet, le train fut bloqué dans une tourmente formidable. Il faisait un vent épouvantable. Il avait été impossible à quiconque de circuler. Enfin, après le passage du chasse-neige, nous pûmes repartir et vers 5 heures environ, nous arrivâmes à Mende. Là, notre calvaire allait commencer. Nous nous engageâmes dans un petit sentier recouvert de neige, en bordure du Lot, et aussi loin que nous puissions voir, nous voyions des montagnes toutes blanches. C’était splendide mais nous n’avions guère le cœur à regarder tout cela. Comme le sol était très glissant, nous trébuchions à chaque pas et madame Journet était obligée de donner le bras au gendarme, ce qui était comique. Nous fîmes ainsi 3 kms. Enfin, nous arrivâmes en vue du camp. Notre cœur battait très fort en apercevant les premières baraques qui se détachaient, noires, sur la blancheur de la neige. Nous étions très émues bien les gendarmes essaient toujours de nous réconforter. Enfin, nous voilà arrivées devant le portail qui fait bordure des barbelés. Nous avons été accueillies par quelques femmes qui ne nous firent pas bonne impression. Nous fûmes aussitôt introduites dans un bureau où se trouvaient plusieurs employés hommes et femmes. On nous fit asseoir sur un banc près du feu car nous étions glacées. Les gendarmes remirent nos dossiers à un brigadier et ensuite, nous firent leurs adieux. Le départ fut terrible, nous pleurions toutes et les gendarmes très émus ne pouvaient se décider à partir. Avant de fermer la porte, ils se retournèrent encore une dernière fois et les larmes aux yeux, nous firent un geste d’adieu accompagné d’encouragements.

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Tout de suite après commença notre interrogatoire d’identité. Là, il y eut un moment d’émotion car j’entendais discuter le brigadier et la surveillante qui voulaient nous mettre dans des baraques différentes. J’eus peur un moment d’être toute seule et je me mis encore à pleurer mais à un moment donné, j’entendis que l’on mettait la dame Rita à la baraque 1, madame Journet à la 9 et mademoiselle Dumas et moi à la 6. Nous étions très heureuses d’être toutes les deux ensemble. Comme l’heure du dîner était passée on nous conduisit aux cuisines pour nous faire manger. En passant devant la baraque 6, nous fûmes arrêtées par des dames internées qui nous demandèrent d’où nous venions. Ensuite, nous pénétrâmes dans une vaste cuisine où se trouvaient des chaudières, de grands fourneaux et au milieu, une très grande table où le personnel de la cuisine était en train de dîner. Nous fûmes servies par une personne âgée appelée Mémé. Elle nous donna de la soupe, de la choucroute, de la purée de pois et de la viande, le tout bien préparé. Pendant ce temps, la surveillante était allée faire préparer nos lits. Après le dîner, nous nous séparâmes. Chacune regagna sa baraque. Avec mademoiselle Dumas, nous étions très amies ; nous nous demandions avec qui nous allions êtres mêlées. Enfin, à notre entrée, nous avons été très bien accueillies. Nous avons été conduites dans une cabine où des internées nous ont offert une infusion. Là, presque toutes les internées nous ont été présentées. Elles étaient environ 35 dans la baraque. Après quelques instants d’entretien, on nous conduisit à notre cabine. Là se trouvaient trois lits dont un était occupé par une femme appelée Jeannette, la buandière du camp. Nous étions tellement hébétées, fatiguées que nous allâmes nous coucher. À ce moment là eut lieu une scène comique car il fallut nous glisser dans un sac de couchage, opération qui parut très difficile la 1ère fois. La nuit nous a parut très longue car, malgré notre fatigue, nous n’avons pas dormi : nous étions glacées malgré la bouillotte que l’on nous avait préparé. Le lendemain, vers 7 heures du matin, nous avons entendu un bruit de sabots c’était l’internée chargée de l’allumage du poêle, puis peu à peu, les autres internées se levèrent à leur tour et alors ce fut un vacarme formidable.

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Une internée de la cabine voisine eut la gentillesse de nous apporter le café au lit.
Vers 9 heures, nous nous sommes levées, habillées et nous sommes allées visiter la baraque. C’est un grand bâtiment en planches, coupé en deux par un couloir et divisé de chaque côté en petites cabines. Au milieu, il y a un grand poêle, une table servant à couper le pain et deux bancs. Chaque cabine est aérée par une baie. Chaque internée a aménagé sa cabine à son goût. Il y en a qui sont vraiment coquettes avec de petites tables et de petits bancs, des étagères où s’étalent leurs ustensiles de cuisine et de toilette. Sur les cloisons, il y a des photos de chacune de leur famille, des êtres chers et que l’on regarde avec plaisir. Notre cabine était petite, car elle n’était prévue que pour deux. Elle était très humide ; elle tournait du côté de la montagne cela la rendait humide et très froide. Nos lits étaient très humides et on avait l’impression d’être dans des couvertures mouillées.
Nous allons maintenant décrire l’emploi du temps des internées qui allait aussi être le nôtre malheureusement.

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7 heures, allumage du poêle par l’internée nommée Charlotte. Elle fait chauffer une lessiveuse d’eau destinée à la préparation du café qu’elle distribue ensuite à chaque internée, une fois bouillie. Puis, chaque internée, à tour de rôle, fait la plonge c’est à dire qu’elle à une boîte ou un petit seau qu’elle plonge dans le poêle à l’aide d’un fil de fer recourbé appelé « espandidou ». 9 heures, distribution de l’eau pour la toilette. De 10 heures à midi, chaque internée faisait cuire à tour de priorité, ce qu’elle recevait par colis. 12 heures, déjeuner qui se composait de soupe de légumes et quelques fois, viande et fromage et vin.
1 heure, nouvelle plongée pour le café.
De 13 heures 30 à 14 heures 30, silence. Pendant cette heure, les internées faisaient la sieste, leur courrier ou la lecture.
4 heures, goûter, soupe.
6 heures, dîner. Même menu que pour le déjeuner.
7 heures, plongée pour café ou infusion.
À tour de rôle, deux internées sont désignées pour la corvée de baraque ou d’épluchage. La corvée de baraque consiste au balayage et lavage de la partie de la baraque où se trouve le poêle. Lavage de la table où se coupait le pain. Vidage des ordures dans la montagne. À 8 heures, 12 heures, 16 heures et 18 heures, elles devaient aller chercher les marmites à la cuisine. La corvée d’épluchage consiste à l’épluchage des légumes à la cuisine.
Chaque baraque était dirigée par une responsable c’est à dire l’internée la plus ancienne. Son travail consistait à surveiller, mettre de l’ordre s’il y avait des malentendus et couper, distribuer le pain, le vin et les repas à chaque internée.
Les internées qui n’étaient pas de service pouvaient disposer de leur temps comme elles voulaient c’est à dire, se levaient à l’heure qu’elles voulaient, se promenaient, cousaient, lisaient sans que l’on ne dise rien sauf le soir où les lumières s’éteignaient à 9 heures. Pour chaque baraque il y avait une surveillante de jour et une de nuit. Elles étaient chargées de faire l’appel : une le soir, celle de jour et une le matin, celle de nuit.

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L’heure la plus attendue était 6 heures du soir où l’on distribuait le courrier. Toutes les internées entouraient la surveillante. Celles qui avaient une lettre partaient la lire dans leur cabine, joyeuse ; mais celles qui n’en avaient pas partaient tristement dans leur cellule. Pour ma part, je me souviens des huit premiers jours où chaque soir, j’attendais le courrier sans rien avoir ‘hélas’ et les larmes aux yeux. Je regagnais ma cellule pour pleurer car le cafard était lourd mais quelle joie à ma première lettre arrivée. J’en pleurais de joie. Je l’ai lue plusieurs fois, c’était un samedi soir, 8 jours après mon arrivée. Chaque jour, mademoiselle Dumas et moi nous nous levions, on faisait notre toilette, notre petit ménage et ensuite, on allait près du poêle, assises sur le banc pour se chauffer car j’étais gelée sans cesse. Vers 11 heures, nous allions chercher madame Journet dans sa baraque et nous allions faire une petite promenade dans la montagne. À midi, nous rentrions déjeuner. Après déjeuner, nous faisions la causette près du poêle. Nous sortions un peu, lorsqu’il ne faisait pas trop froid, jusqu’à 4 heures et on allait toujours près du poêle passer un autre moment mais le temps était interminable. C’était des jours sans fin et ainsi s’écoulait chaque journée. A notre arrivée, on parlait déjà du changement du camp à Brens dans le Tarn et en effet, quelques jours après notre arrivée, on recevait de nombreux ordres et contre ordres pour préparer le déménagement. Chaque internée s’est mise à préparer ses valises et enfin on a su que le déménagement était fixé au treize février. La plus terrible nuit passée à Rieucros a été celle du 12 au 13 où il a fallu passer la nuit par terre sur un seul matelas car on avait emballé les lits. Cette nuit là, il a fait un froid terrible : moins 20 degrés (Celsius). Afin d’avoir moins froid, avec mademoiselle Dumas, nous avons couché ensemble mais le matelas étant trop petit, nous avons couché une partie de la nuit par terre et nous n’avons guère dormi. Notre bouillotte s’était transformée en glaçon. A 7 heures, nous nous sommes levées, glacées, pour faire le paquetage des couvertures et je me suis préparée en attendant l’heure du départ. Mais mademoiselle Dumas se trouvait malade, elle a vomi et avait de la température. Elle s’est assise près du poêle. Nous lui avons donné une infusion, du rhum. Une dame de la baraque qui était infirmière et qui avait beaucoup de médicaments lui a donné des cachets et des gouttes. Enfin, à 11 heures, on a donné le signal du départ : des camionnettes, chargées de bagages, allaient partir et on a fait monter celles qui ne pouvaient pas marcher et mademoiselle Dumas. Quant à moi, je suis partie à pied avec les autres. L’on marchait, baraque par baraque. Enfin, nous sommes arrivées à la gare et là, j’ai retrouvé mademoiselle Dumas, une grande cape sur ses épaules et qui était toute transie de froid. Elle nous attendait à côté d’une montagne de ballots, colis.

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VERS… (faits à Rieucros pendant les moments de repos)

Quand le soleil brûlant dorera les moissons,
Vous entendrez au loin, la chanson éternelle
Que chantent, pour s’aimer fauvettes et pinsons
Laissant aux seuls humains la haine et leur querelle.

Sur vos têtes, le ciel calme et majestueux
Sera le grand ami de vos âmes blessées
Ses étoiles diront à vos cœurs anxieux
Que vous êtes aussi comme elles oubliées.

Ainsi que vous soyez dans l’un ou l’autre camp
Planches et barbelés vous séparent du monde
Mais sachez néanmoins que votre internement
Provoque chez beaucoup une pitié profonde.

Des pères, des époux et de nombreux amis
Ressentent loin de vous l’effet de vos blessures.
Vos chagrins et vos pleurs les rendent plus unis
Pour effacer un jour ces vaines flétrissures.

Les arbres, le ruisseau, le chemin qui la longe
Pourront un jour changer d’aspect, de renouveau,
Ils auront beau rester pour beaucoup comme un songe
Mais la baraque 6 sera dans mon cerveau.

Dans mon esprit distrait par les gens, par les choses
Bien des fait passeront, souvenirs aux beaux jours
Il ne restera rien des impressions écloses
Mais la baraque 6 y restera toujours.

S’il ne restait rien de Rieucros, de son camp
De nous même, passées comme vague sur l’onde
Un souvenir irait au cœur de notre enfant
Pour la baraque 6 à nos cœurs inféconds.

Les hébergées de Rieucros.

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