Mon père : BLANCO Dionisio né le 19 avril 1900 à Toro Zamora (Espagne)
Blessé au Mont Aguiléro (Asturies), il décède 3 jours plus tard à l’hôpital de Avilès Asturies. C’est le 09 mars 1937.
Une mère avec 5 enfants partant pour l’exil.
Ma mère : SANCHEZ Espéranza épouse BLANCO née le 31 août 1904 à Venialvo Zamora (Espagne)
Décédée le 29 juillet 1988 à Riom (Puy de Dôme)
Les enfants : Fermina, Agustina, Alfonso Dionisio, Espéranza.
Nous embarquons à Avilès sur un bateau charbonnier partant pour la France. C’est après quelques détours en mer (parce que le Cervéra, bateau de guerre franquiste monte la garde, coulant tout bateau quittant les ports), que nous arrivons à Bordeaux. Plus tard, nous apprendrons que le Cervéra a coulé ce navire alors qu’il retourné en Espagne. À Bordeaux, on nous met dans un train, direction Barcelone. La Catalogne n’était pas encore conquise par les franquistes mais bientôt, nous sommes obligés de partir pour la France. Le 09 février 1939, c’est à pied que nous passons la frontière au Perthus. Ensuite, direction le camp d’Argelès ; là, ma sœur aînée tombe malade. Elle est transportée au sanatorium de Palavas les Flots et de ce fait, elle ne sera pas avec nous dans les autres camps. Nous la reverrons qu’à la libération.
Après Argelès, on nous offre un séjour dans le camp de Bram puis direction Rieucros en Lozère et en février 1942, le camp de Brens. Pour « compléter » la tournée des camps, on nous transfère à celui de Douadic dans l’Indre. Et après Douadic, nous partons pour Combronde dans le Puy de Dôme, enfin libres !
Ainsi se termine notre périple des camps de France. La France, ce pays qui devient après enquêtes et formalités de l’époque, le pays de mon choix. Je suis naturalisé Français par décret ministériel. Je fais mon service militaire. Toujours gâté par les guerres, c’est celle d’Algérie qui m’offre 18 mois de service.
Nous sommes des enfants de la guerre et malgré les camps, la faim et toutes nos misères, aucun d’entre nous n’est devenu voyou, casseur ou drogué. Il est vrai que nos mères, même dans les camps, nous ont appris la politesse, la correction, le respect de l’autre. Elles se sont toujours battues, n’ont jamais démissionné. En un mot : des mères courageuses envers et contre tout.
Au camp de Rieucros, je me souviens d’un garçon qui était dans la même baraque que nous. Aujourd’hui, il est connu comme écrivain : Michel Del Castillo.
Ceci est une petite tranche de ma vie que je n’ai jamais racontée. Mais, c’est dernièrement que voulant laisser à mes petits enfants les mémoires de mon enfance, j’ai pensé qu’ils devraient connaître également ce parcours.
Alfonso BLANCO